Un texte écrit en Equateur dans l’entre deux tours des élections (françaises).

Hier, voyant une dame qui travaillait à sa table, j’ai poussé la porte d’une petite bijouterie pour regarder de plus près. On a commencé à échanger sur nos boulots respectifs : la matière, les couleurs, le plaisir de façonner. Et puis, quand la question de la France est venue, j’ai été impressionnée par la connaissance que cette personne avait de notre paysage politique sans avoir jamais mis les pieds chez nous… Elle semblait en connaître un rayon et avoir une analyse approfondie de la situation européenne… jusqu’à la conclusion ahurissante :”il y a trop d’immigrés en Europe et la majorité sont musulmans. Quand on sait que les européens ne font pas d’enfants et que les musulmans en font des tas, on comprend que l’Europe sera bientôt musulmane et que le reste du monde suivra.”
Comment, mais comment peut on avoir et véhiculer des peurs pareilles en étant si peu concerné par l’immigration (en dehors de celle qui a fait ce continent et cette dame mais ça …) et en étant si menacé au quotidien par d’autres dangers réels ceux-ci : malbouffe, oubli des racines, américanisation (du Nord), risques naturels (vues les inondations du Nord Pérou, Simon en pleurait de terreur)… pourquoi reporter ces peurs sur la haine des autres et s’inventer alors de nouvelles raisons d’avoir peur ?
Au bout de 7 mois de voyage, je m’endors et me réveille angoissée et le tube digestif en feu.
Non, je ne regrette surtout pas ce départ et oui, il est aussi et surtout fait de magnifiques rencontres et d’un accueil du public pour Georges totalement inespéré.
Mais pour ce qui est du voyage, en dehors de la Patagonie et de Machu Picchu, nous aurons surtout vu l’envers du décors… celui qu’on ne vous montre surtout pas quand vous allez de points touristiques en points touristiques… tous ces déserts miniers ou pétroliers et leurs cimetières abandonnés et éventrés, ces forêts saccagées, ces usines fumantes, ces villes aux fondations inca cernées d’interminables banlieues en éternel chantier, ces magasins « tout made in China pour le vrai quotidien » partout ces centres commerciaux monstrueux copiés sur ceux des Etats Unis. Tout ce que les touristes ne font que survoler en avion pour aller d’un marché authentiquement sud américain à l’autre… et des frites et de la viande et des hamburgers, et des hot dog et du sucre, des montagnes de sucre et d’huile de palme… Manger des légumes à un prix abordable sans cuisine n’est pas possible.
On est loin de l’image d’Epinal… et même dans le plus local des marchés vu sur les plateaux andins du Pérou, les gens n’achètent plus, panier au bras, les somptueuses tapisseries tissées à la main avec de la laine de lama filée au village ni des pantoufles en cuir de biquette (les touristes sont là pour ça). Non… dans des sacs plastiques ils achètent comme tout le monde du gros plastique et des chaussettes par paquets de 12 estampillées Chine… Sur les 21000 kms de route que nous aurons parcouru, il serait intéressant de savoir combien de tonnes de déchets nous avons longé.
Je comprends qu’il soit difficile d’imaginer ça, de l’intégrer. Mais c’est la réalité, bien maquillée pour les touristes sous un folklore agonisant.
Mais vu de France, d’un appartement ou d’une maison dans laquelle il ne manque rien d’essentiel : eau courante (et chaude en plus) et cuisine équipée, je comprend qu’on ne puisse pas s’en faire une idée précise et accepter (malgré les appels de certains) de ne pas prendre en compte l’écologie en pensant que ce confort est immuable tant que le pouvoir d’achat reste le même.
La terre agonise. En vrai, la terre agonise.
Et pour la première fois de ma vie hier soir je me suis dit que c’était bien d’être mortelle.

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Georges dans le noir

A Loja, les plombs du théâtre ont cramé à la première scène de notre représentation, nous plongeant dans le noir complet. Pas démonté, le public a illuminé la salle, bras en l’air… la belle technologie. Pas une plainte, aucune réclamation: Éclats de rire et applaudissements nous ont accompagnés de bout en bout. Je me sentais comme dans une grande cabane…
Tous
Sous la tente
Autour d’une histoire
Avec nos lampes de poche
Dans une intimité extraordinaire…
… et soudain le voyage me renvoie au cœur de mon enfance…

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Georges dans les Alliances d’Equateur

Cuenca, Loja, Guayaquil et Quito: représentations, ateliers fabrication de marionnettes, conférences sur la biodiversité extraordinaires. A Cuenca, Georges a rencontré les Miss Ecuador, à Loja il a perdu son bras sur scène et fait sa première représentation dans le noir, à Guayaquil il a rencontré “el precioso perezoso”, à Quito il a échangé avec les très chouettes membres de l’UNIMA (Union Internationale de la Marionnette)…

Dépaysement complet d’un bout à l’autre de ce pays attachant: la belle ville de Cuenca, la fourmilière de Guayaquil, passage par le village communautaire de Sarraguro, phoques de la pointe de l’Equateur, plages du Nord de Guayaquil centre historique de Quito…

Ateliers fabrication de marionnettes:

Conférence et exposition sur la biodiversité extraordinaire:

 

Présentation de mon travail aux membres de l’UNIMA de Quito avec l’appui de Simon et de mon site internet (aureliamoynot.com):

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Retour sur Macchu Pichu (pour le plaisir des images).

Malgré le risque que ça représente, voir le site hors saison ou plutôt en pleine saison des pluies permet (outre d’organiser l’excursion au dernier moment) de s’y balader bien peinards, sans piétiner derrière les uns et devant les autres.
Par chance, la pluie tombait ce jour là en un beau rideau loin du pic au dessus duquel persistait un trou de ciel bleu, illuminant la cité toute la journée et nous offrant des paysages sur fond de gris profond d’une immense beauté.

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Les Alliances: Cuenca, Loja, Guayaquil et Quito.

Premier hôtel: Cuenca… Georges (et Gilles) ont vécu le plus beau réveil de leur vie quand au petit déjeuner, les prétendantes au titre de miss Equateur ont débarqué à table dans l’hôtel où nous étions logés par l’Alliance!

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Retour sur le mois d’avril… un mois de tournée dans les Alliances d’Equateur.

Après 4 jours jours de route ininterrompus à travers les villages dévastés par les inondations du Nord Pérou nous avons rejoint l’Equateur pour une tournée des alliances sur un mois: spectacle, conférence, ateliers et expo dans 4 zones du pays.
Si on avait écouté le service consulaire de Lima, consulté avant le départ, strictement aucun passage entre Pérou et Équateur n’était envisageable avant trois semaines au bas mot; des épidémies faisaient rage et les gens fuyaient vers le Sud… certains ressortissants bloqués… inutile de dire qu’on a un peu fouetté… mais connaissant les services consulaires et leur modération légendaire, on a appelé “iperu” qui nous a dit que la plupart des ponts avaient sauté mais qu’un point passait en alternance, nous donnant le numéro de la police des routes à consulter tout le long.
Oui, le Nord Pérou etait ravagé… désolant. Routes effondrées, villes et villages couverts de boue, ponts emportés, pans de montagnes écroulés… mais la population faisait face et restait génialement bien organisée.
On a régulièrement consulté la police des routes, suivit le flot, attendu des heures à l’entrée de certains ponts, suivit des convois de voitures qui prenaient des chemins de traverse pour éviter les camions… refusé de traverser le lit d’une rivière ensablée dans lequel un groupe de péruviens nous avait détourné en nous jurant que c’était la seule solution et que la route ne passait pas. La police nous avait affirmé le contraire juste avant… nous avons donc regagné la route et passé entre deux camions un gué dont les cailloux ont fait chanter le réservoir et la providentielle plaque de protection de notre pauvre voiture même pas 4×4. 200 mètres plus loin, elle s’est retrouvée posée sur un amas de terre et de cailloux, les 4 roues dans le vide de l’ornière creusée par les camions.
Puis cerise sur le gâteau, un passage de douane qui a duré plus de 3 heures sans aucune raison autre que le temps nécessaire à certains pour ouvrir une photocopieuse, prendre un stylo, passer un coup de fil… mais la patience après un tel périple est une denrée rare.
Simon sanglotait le soir, après la frontière: trop de pression… et moi j’avoue que j’en menais pas large en imaginant notre voiture vidée et coincée dans le lit de la rivière ensablée… fin du voyage…
Mais la première de Georges en Équateur a finalement bien eu lieu le 5 avril !

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Pérou: Arequipa et Cusco.

Dans les rues d’Arequipa (Pérou), j’ai froid… Bruno me prête son sweat…             “comment je vais faire quand tu vas partir pour tes études?”
” J’te laisserai mon sweat”.
Après le Chili et l’Argentine, on voulait des racines, de l’histoire.
… Fabuleux Pérou.
Pendant cinq jours, on s’est baladé dans les rues d’Arequipa (avec deux représentations sur la place d’armes et la place San Francisco), émerveillés par l’architecture, la beauté de cette ville et de ses bâtisses avec leurs cours intérieures. Puis Cusco nous a régalé à son tour et n’a pas démenti ce qu’on ressent: un pays construit sur des racines et une nourriture équilibré est vraiment plus agréable à vivre qu’un pays dont les racines ont été coupées. Le soir, nettoyée par la pluie, Cusco avait des airs de Bologne et de Venise… les lumières en lampions des collines, celles qui se reflètent sur les dalles et celles des intérieurs colorés. Autant de feux d’artifices dans la nuit lavée. De quoi apaiser la fatigue et les doutes…

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